vendredi 27 juin 2014

Suite du Tana Toraja, ou l’histoire des 4 petits cochons…

Nous commençons le marché par le coin aux bestiaux... Des dizaines de buffles sont à la vente, des cochons de toutes tailles sont prêts à être emportés (dans des sacs pour les plus petits, attachés sur des planches pour les versions adultes). Parfois sur l’épaule, attachés la tête en bas sur un bambou ou encore ficelés à la mobylette, les Indonésiens sont inventifs et le transport de cochons assez cocasse.








Nous déambulons quelques temps entre les bêtes puis nous rejoignons la partie plus agréable du marché, au menu : fruits, légumes et autres douceurs. Notre guide veut nous faire découvrir quelques spécialités locales. Il est fier de nous offrir du vin de palme servi dans une tige de bambou. 


Nous ne trouvons pas cela très bon et nous lui offrons bien généreusement notre « verre ». Nous ne résistons pas aux biscuits, beignets de banane, riz cuit dans un morceau de bambou et surtout nous craquons pour des dadar que nous dégustons en pensant aux filles Giraud.

#KezakolesDadar : Crêpe verte à base de farine de riz, fourrée avec de la noix de coco râpée caramélisée dans du sucre de palme. Nous avions goûté ce dessert à Bali et la famille Giraud en était devenue rapidement fan. Blandine s’est même empressée de refaire la recette à peine rentrée à Barcelone.



Les stands se suivent et ne se ressemblent pas le long des rues. Les poissons frais côtoient les sacs de piments, les morceaux de viande séchée (et plein de mouches) jouxtent les étals d’épices. Nous apprécions l’ambiance, les couleurs et les odeurs (enfin pas vraiment celles des poissons séchés). Notre expérience du matin aux funérailles nous semble bien loin, nos yeux sont remplis d’images bien plus douces.






Notre journée continue à travers les villages de la région, nous découvrons les tombes creusées dans la roche, mais aussi les maisons traditionnelles avec leur forme si particulière au cœur des rizières. Nous écoutons notre guide nous raconter les us et coutumes Toraja, tout en nous essayant de nous imprégner des endroits que nous traversons.









  




Cette escapade dans la région Toraja, fraîche et aérée, nous a fait du bien. Nous apprécions ces changements d’atmosphère. 

Nous ne sommes pas encore remis de nos 21 heures de voyage, nous décidons de casser la tirelire et de nous offrir des billets chez une compagnie décrite comme la crème de la crème des bus de nuit, le billet nous coûtera presque 10 euros ! Nous devons avouer que nous ne sommes pas vraiment sereins et imaginons jusqu’au dernier moment voir débarquer une bétaillère empestant le jus de poisson, ou pire, le buffle sacrifié. Mais non, le bus est spacieux, les sièges confortables, des couvertures Minnie, Winnie l’Ourson et Bob l’Eponge sont délicatement posés à notre place. Nous restons surtout étonnés face à la ponctualité, c’est la première fois que nous partons en avance… Deux épisodes de Breaking Bad plus tard, nous nous armons de nos boules Quiès et de nos masques de nuit pour rejoindre Morphée. Nous sommes réveillés à 5h30 du matin, c’est l’arrivée à Makassar…plus tôt que prévu au terminal de bus, désert en pleine nuit noire. Il nous faut quelques minutes pour nous réveiller et comprendre qu’il y a plusieurs terminaux de bus… et que nous ne sommes évidemment pas dans le bon pour continuer notre route ! Nous traversons la double voie, montons dans un taxi. Le chauffeur pense transporter des ministres puisqu’il klaxonne presque en continu (surement ce qui se rapproche le plus d’une sirène..) et franchit la barre des 100km/h, ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps. Nous arrivons au nouveau terminal de bus, nous entassons dans une voiture pour Bira et partons pour quelques nouvelles heures de route. Nous n’en revenons pas : tout s’est enchaîné en moins de 30 minutes… Une grande première !

Au bout de 3 heures de route à rythme effréné, le chauffeur nous indique être arrivé à Bira. Troisième surprise de la journée, nous pensions mettre 5 heures et nous voilà plus tôt que prévu à destination (on va commencer à s’y faire !), à nous le soleil et la plage !

Tana Toraja : Mariage et Funérailles, âmes sensibles s’abstenir !

Lorsque nous posons le pied à l’auberge, notre hôte nous prévient qu’un mariage se déroule juste à côté. Pas le temps de traîner, nous allons jeter un œil…





L’objectif de notre journée en pays Toraja est de partir à la recherche d’un guide pour nous faire découvrir sa région. Pour cela la première étape est de passer par une sorte de speed-dating dans un restaurant de la ville, où les guides attendent les touristes.


La région est particulièrement connue pour ses traditions et rites animistes, notamment lors des funérailles. Leurs coutumes sont tellement différentes des nôtres qu’il est difficile de savoir par où commencer. Hasard des circonstances ou écho des cultures, il s’agit d’un moment d’autant plus particulier pour nous qu’il intervient le même jour que d’autres funérailles où nous ne pouvons malheureusement pas nous rendre du fait de notre éloignement…

Notre présence dans le village est bien acceptée, un membre de la famille vient nous saluer et nous offrir du thé et des biscuits. Il nous installe dans l’une des petites cabanes provisoires et numérotées qui entourent la place où auront lieu les festivités, le cercueil étant à l’honneur au centre bien à l’abri dans une maison traditionnelle. Nous avons du mal à comprendre comment notre présence ne les incommode pas, mais nous percevons qu’avoir de nombreux invités –qui plus est étrangers- est une chose positive. Sur les conseils du guide, nous remettons notre cadeau à la famille, i.e. une cartouche de cigarettes locales... Nous nous sommes vus proposer de venir avec un cochon ou un buffle d’eau, mais c’est un peu encombrant (et surtout un peu cher) !

Pour les défunts, avoir une cérémonie est la garantie du passage dans le puya (au paradis), il faut pour cela faire des sacrifices et les esprits des bêtes tuées serviront à les accompagner…
Les funérailles durent de deux à sept jours, suivant la classe sociale du défunt. Mais pour qu’elles puissent avoir lieu, des sommes considérables sont en jeu. Les familles et proches du village s’offrent entre eux des buffles (compter de 30 à 500 millions de rupiah pour un buffle noir ou tacheté, soit de 2 000 à plus de 30 000 euros) et des cochons (entre 500 000 et 3 millions de rupiah). S’en voir offrir un oblige à la réciproque le moment venu. Des sommes conséquentes sont au centre de la vie économique et sociale du pays Toraja…







Chose surprenante, les défunts ne sont pas considérés comme morts tant que la cérémonie n’a pas eu lieu. Et tant qu’il n’y pas assez d’argent, il n’y a pas de célébration… Vous commencez à voir le problème. Les personnes sont donc considérées comme « malades », mais continuent de vivre dans la maison. Il faut s’adresser à elles comme à des personnes vivantes, et même leur proposer un petit café ! Vivre avec une personne décédée (d’un point de vue médical) peut durer un certain temps, qui se compte en jours, mois, années… voire dizaines d’années. Pour rendre cela possible, les familles ont accès à du formol à l’hôpital et conservent ainsi leurs défunts chez eux, en attendant une cérémonie.
Notre guide nous expliquera qu’il a des funérailles prévues en septembre, soit dans trois mois, et qu’il doit s’organiser. Le « malade » restera dans sa maison pendant tout ce temps. Avoir une date de cérémonie trop proche peut mettre dans l’embarras si l’on n’a pas le temps de collecter l’argent pour acheter les bêtes à sacrifier…

Parlons des choses sérieuses : Les sacrifices. Nous avons assisté aux funérailles d’une personne de la classe sociale supérieure, c’est donc pas moins de 27 bêtes qui ont été offertes à la famille, 24 buffles et 3 cochons. La famille décidera de sacrifier 16 buffles et les 3 cochons, les 8 bêtes ayant échappé au massacre seront vendues sur le marché ou rendues à la famille qui l’a offert (oui, les cadeaux se négocient, en fonction des situations individuelles – pratique !).

Cela commence brutalement, nous apercevons un buffle en train de s’agiter au milieu de la place. Nous comprenons rapidement qu’il a reçu un coup de machette sous la tête, dans l’aorte. Son sang gicle de toute part, et sans attendre, c’est un second buffle qui s’agite, pour les mêmes raisons… Lorsque le « bourreau » est efficace, il ne faut que quelques secondes pour que l’animal tombe à terre. Lorsqu’il est plus timide, il doit s’y reprendre à deux ou trois fois avant que le buffle s’écroule, souvent secoué par de fortes convulsions. Rapidement, ce sont plusieurs bêtes qui se vident simultanément de leur sang, les buffles  se bousculent et  se tombent les uns sur les autres, certains prennent peur… L’un des bourreaux se prend une douche involontaire de sang, en étant positionné juste devant le buffle. C’est un carnage complètement bestial, un véritable bain de sang,.. Les trois petits cochons passant par-là se prennent également un coup de machette dans le flan et tombent au bout de quelques secondes…

Bientôt, c’est un véritable charnier que nous observons. Deux douzaines de bêtes sont mortes, le sang imprègne le sol et déjà les mouches commencent à se présenter.









Nous sommes ici pour découvrir une culture,  pour autant, nous aurions préféré qu’il y ait des chants, prières ou autres qui accompagnent le sacrifice. Nous n’avons pas ressenti une spiritualité ni de l’émotion dans ce moment. Nous nous rendons simplement compte que la scène à laquelle nous venons d’insister est pour les locaux d’une banalité désarmante, alors que nous avons difficilement vécu de nous trouver au milieu d’un abattoir à ciel ouvert.

Les bêtes seront dépecées et leur viande répartie entre les familles. Nous avons largement notre quota d’images sanglantes, il est temps de passer à autre chose, nous dirigeons vers le marché de Rantepao. 

mardi 24 juin 2014

Des Togians aux pays Toraja : la fabuleuse épopée d’un bus deux nuits

Après ces quelques jours de détente, nous nous décidons à quitter les Togians. Un bateau public part à 10h du matin, en direction d’Ampana, la ville la plus proche, à 4 heures de là. Ce sera la première étape pour rejoindre le pays Toraja et sa ville principale, Rantepao. On sait que le trajet va être semé d’embûches, mais nous n’imaginons pas encore à quel point… 


Le bateau est plutôt old school -curieux qu’il flotte encore- quelques matelas sont installés mais comme nous nous n’osons pas trop nous imposer, nous gagnons le droit de voyager assis sur des planches de bois !


Nous arrivons à Ampana en début d’après-midi et faisons la rencontre de Linda, une Hollandaise qui a un itinéraire très semblable au nôtre. Nous devons faire un choix cornélien : Prendre un mini-van pour faire une première étape de 6h jusqu’à Tentena avant de continuer le lendemain pour une autre étape d’environ 10h ; ou attendre le soir pour prendre le bus de nuit qui nous amènera directement à Palopo, ville proche de notre destination (comptez 2h30 pour le dernier tronçon, c’est négligeable…).  « Chouette », pensons-nous, un bus de nuit nous permet d’économiser une nuit d’hôtel, de gagner une journée de transport, et avec un peu de chance il s’agira d’un bus touristique assez confortable.

Mauvaise pioche.

Nous profitons des quelques heures d'attente pour dîner local, brochettes satay et martabak. Nous nous délectons de cette crêpe géante au chocolat et cacahuètes.




Nous sommes prévenus, du fait de l’Indonesian time, le bus prévu à 22h risque d’arriver plutôt vers 23h. Nous allons patienter, et le bureau qui a fait notre réservation nous sort trois hamacs pour nous installer tranquillement. Nous avons tellement pris l’habitude d’attendre que cela devient une seconde nature. Mais quand à 1h du matin rien ne se passe, Yann commence à se poser des questions. La femme qui a vendu les billets, l’informe que la veille, le bus est arrivé à 2h du matin. Mmm, mais pourquoi ne pas l’avoir dit dès le départ ? « Pas de souci, le bus va finir par venir, la route est coupée par endroits » est la traduction approximative de ce que nous comprenons. Nous reprenons place dans nos hamacs respectifs, et effectivement, le bus montre le bout de son capot une heure plus tard. Quatre heures de retard, ce n’est plus l’Indonesian time, c’est carrément le décalage horaire avec Moscou !

Nous prenons les derniers sièges disponibles sur la dernière rangée (et allons comprendre rapidement pourquoi), partageons la place pour les jambes avec un... scooter. Ben si, un type s’est dit, « Tiens et si je prenais le bus avec mon scooter ? ».  Le siège de Yann est un peu humide, ça ne sent pas très bon, mais qu’importe, on verra plus tard.


Nous tenons jusqu’au lever du jour, le bus s’arrête pour le petit déjeuner. Nous avalons un plat de nouilles instantanées (what else ?) et nous apercevons du pourquoi-le-siège-est-humide-et-ça-sent-pas-bon.

Le bus transporte des caisses de poissons frais, tellement frais que les glaçons fondent, et qu’un « goutte à goutte » se faufile depuis le toit pour libérer un petit jus de poisson juste au-dessus de la tête de Yann ! L’équipage du bus constate et déplace le problème vers l’extérieur du bus (mieux !), mais trop tard, l’odeur a imprégné les sièges, et nos fringues sentent la marée… 


La pause continue et lorsque la « fuite » est réparée, c’est l’heure de la sieste. Le chauffeur et ses acolytes entament une pause bien méritée, nous comprendrons plus tard que nous attendions que la route ré-ouvre... Trois bonnes heures de pause plus tard, nous sommes prêts à repartir. Sauf qu’il est 11h, et qu’après une heure de route, il faut s’arrêter à nouveau, c’est l’heure du déjeuner ! Peu de choix, ça sera donc un « ayam-goreng-nasi » (c’est-à-dire un poulet-frit avec du riz, on vous a dit que l’on se mettait à l’indonésien) !

La route continue, c’est incroyable de pouvoir mettre autant de virages en épingle sur une distance aussi courte, sans la présence d’une chaîne de montagne. Impossible de faire autre chose que se tordre le cou pour deviner la route par la fenêtre pour ne pas avoir mal au cœur. Yann s’en sortira d’ailleurs avec un bon torticoli !

Nouvel arrêt, rapide, la route s’est effondrée, il faut sortir pour limiter le poids du bus, puis quelques heures plus tard, une autre pause pour laver le véhicule (si, si)…


Nous nous arrêtons à nouveau, avons bon espoir d’arriver, mais non : il s’agit de la pause pour le dîner ! Ce trajet n’en finira jamais… nous étions censés arriver pour 13h, il est déjà 20h et ce n’est pas fini ! Nous nous remettons à table pour un nouveau  ayam-goreng-nasi, ça faisait longtemps… Notre bus de nuit aura donc été un « bus deux nuits ».

Nous commençons à en voir plein les pattes et raz-la-casquette, mais il faut encore rouler… Au moment de sortir du bus, nos rudiments d’indonésien sont utiles, un « lampu » dirigé au chauffeur afin qu’il allume la lumière du fond, pour que nous puissions enfin nous en extirper, est répété en écho par tous les passagers, surpris de nous entendre baragouiner dans leur langue... Ils sont sympas ces locaux !


C’est à 23h que nous finissons par atterrir dans le seul hôtel de la ville… « Comment ça, il ne vous reste que la chambre VIP, la plus chère, celle qui correspond à 2 jours de pension complète sur les îles pour avoir une pièce où il y a plus de moustiques que de mètres carrés ? ». Nous finissons par la partager avec Linda – qui nous a suivis dans tous ces mauvais choix- pour limiter la dépense… mais au moins nous aurons droit à notre première douche chaude depuis notre arrivée dans le pays !

Le lendemain, nous trouvons un mini-van. Lorsque seules les filles demandent le tarif, il semble un peu excessif : 350 000 rupiah : 23€ pour 2h30 de route (NB : ne pas le comparer avec les tarifs des taxis parisiens…) ! On ne saura jamais pourquoi, si le chauffeur voulait privatiser la voiture pour les filles ou non, mais lorsque Yann part demander à son tour le tarif (oui, on fait des équipes de négociation…), le tarif vient de tomber à 35 000 rupiah, le dixième du prix… Deal, nous partons !

Dernière surprise de ce trajet de 3 jours, des Togians à Rantepao, d’une fabuleuse distance de 400km, nous nous retrouvons à 13 dans le minivan 8 places. Comment mettre 5 personnes de plus dans un mini-van ? Facile, c’est comme la blague du « Comment met-on quatre éléphants dans une deux-chevaux : deux devant, deux derrière » !

Piouf ! 

lundi 23 juin 2014

La vidéo de Bali !

Nos meilleurs moments à Bali, en vidéo :





La vidéo du Cambodge

Et maintenant la vidéo du Cambodge, c'est par ici :

https://www.youtube.com/watch?v=tPB1Q_dV59o